Le podcast – 13 : La morale à zéro

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La question de la morale au cinéma est récurrente au point de devenir l’une des principales grilles de lecture de l’appareil critique. Peut-on vraiment tout montrer au cinéma ? la question morale et la responsabilisation sont-ils des impératifs légitimes pour un cinéaste ?

Kapo de Gillo Pontecorvo est, en 1960, une des premières fictions à traiter des camps de concentration nazis. Dans un article des Cahiers du Cinéma, intitulé De l’abjection, le critique et cinéaste Jacques Rivette éreinte le film. Il met notamment en cause un travelling avant sur le personnage d’Emmanuelle Riva qui vient de se suicider en se jetant sur des barbelés électrifiés. Rivette écrit : « l’homme [c’est-à-dire Pontecorvo, ndr] qui décide, à ce moment, de faire un travelling avant pour recadrer le cadavre en contre-plongée, en prenant soin d’inscrire exactement la main levée dans un angle de son cadrage final, cet homme n’a droit qu’au plus profond mépris. »

Dès lors, la question de la morale au cinéma ne quittera plus l’appareil critique, pour ne pas dire qu’elle en deviendra une des principales grilles de lecture.

Ainsi, en 1976, Serge Daney écrit à propos des Dents de la Mer : « un imaginaire normalisant, cela se met en scène. Assez simplement. Celà consiste à tout filmer (événements, figurants) de deux – et de deux seuls – points de vue : celui du chasseur et du chassé. Il n’y a pas d’autre point de vue (spatial, moral, politique), pas d’autre place pour la caméra, donc pour le spectateur, que cette double position. On parle avec légèreté d’”identification” au cinéma si on a pas vu que dans ce genre de films l’identification se fait au couple chasseur / chassé, avec vacillement spectaculaire, court-circuit du savoir et du point de vue, perte de tout point de repère, mise dans la peau grisâtre de l’autre, bref, tout ce qui conduit à une totale irresponsabilisation. »

De la question morale, on a tout naturellement glissé vers la question de la responsabilité.

La question qui anime donc ce podcast est la suivante : la question morale et la responsabilisation sont-ils des impératifs légitimes pour un cinéaste ?

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