ep - 10 : De la Ciotat à Los Santos - partie 2

Publié le : 03 Mai 2014

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Suite et fin de notre long entretien avec Stéphane Moïssakis du webzine Capture mag. Dans la première partie, nous parlions du monde du jeu vidéo qui se nourrit du cinéma, cette fois, on va prendre le problème dans l'autre sens et parler du monde du cinéma qui se nourrit du jeu vidéo.

 

Retrouvez la première partie de l'émission ici : De la Ciotat à Los Santos - partie 1

 

A)  Les adaptations de licences

 

Malheureusement ce sont souvent de gros échecs artistique mais aussi financier comme le tristement célèbre Super Mario Le Film, d'ailleurs Mario n’a plus mis les pieds à Hollywood depuis. Pour le reste des licences, le bilan n'est pas plus reluisant. Paul W.S. Anderson et Uwe Boll réalisent à eux-seuls un tiers des adaptations et Lions Gate en fait la distribution d’un quart (source Des Pixels à Hollywood, 2010). En effet, Paul Anderson est le seul à avoir lancé une franchise à partir d'une licence avec ses Resident Evil et Uwe Boll adapte à tour de bras n'importe quelle licence qui lui tombe sous la main uniquement dans le but de faire du pognon sans trop se fouler.

Uwe Boll

Uwe Boll répond à son public

 

Evidemment, la plupart des adaptations ne respectent que rarement le concept et l’univers de départ (Max Payne, Super Mario encore…).

super mario bros the movie On en profite pour rendre hommage au regretté Bob Hoskins, décédé le 29 avril dernier et qui heureusement avait joué de bien meilleurs rôles que celui de Super Mario.

 

Il y a néanmoins quelques exceptions à la règle. Les séquences cinématiques de Final Fantasy 7 témoignaient déjà des ambitions cinématographiques de Squaresoft. Ils se lancèrent dans l’aventure du film d’animation en adaptant la célèbre licence Final Fantasy avec The Spirit Within, ouvrant un studio à Honolulu et débloquant un budget considérable. malheureusement, le film est un échec monumental qui a failli couler la société. On peut citer une autre adaptation réalisée avec sérieux et déférence envers l'oeuvre originale : Silent Hill de Christophe Gans. Pourtant, malgré les bonnes intentions de son réalisateur, le film peine à traduire les codes du jeu pour le grand écran. S'ajoute à ça des problèmes de production qui l'oblige à rajouter une sous-intrigue totalement inutile avec Sean Bean. Au final, le film est long, bancal et surtout, il ne fait jamais peur comme le jeu pouvait le faire.

 


B) Production et transmédia

 

Quel est le problème ? Les monde du cinéma et du jeu vidéo sont-ils irréconciliables ? Malgré leurs traits communs il s’agit en fait de deux industries différentes, avec des logiques de productions, des technologies et des approches différentes. Aussi, un univers de jeu vidéo va obéir à une logique de gameplay là où un univers cinématographique répond à une logique narrative, comme l’explique Karim Debbache dans son émission Crossed sur Super Mario : 



Faut-il attendre une amélioration des adaptations à l’avenir ? Il faudra tabler sur l’arrivée de réalisateurs nourris au jeux vidéo mais aussi à un apprentissage de l’art de l’adaptation et des enjeux politiques du monde hollywoodien. À cet égard il faudra suivre la suite de la carrière du producteur Avi Arad.

Aujourd’hui les studios de jeux vidéo se basent sur le transmedia. Halo a été developpé comme un univers déclinable (BD, série, film,...) même si l’adaptation cinématographique dirigée par Neill Blomkamp et Peter Jackson est restée à l’état de projet. Même Matrix à l’époque se basait sur le transmedia en lançant un jeu vidéo lié au film, avec des scènes supplémentaires dirigées par les Wachowski. Mais l’exercice du transmedia est très périlleux et la hierarchisation des médias n’aident pas pour le moment cette pratique.

On peut aussi remarquer une convergence des technologies utilisés dans les deux industries, comme la performance capture. Uncharted était parmi les premiers jeux à faire jouer ses comédiens directement sur le plateau, tout comme The Last of Us en 2013 :

 

 

C) les codes du jeu vidéo au cinéma

 

De prime abord, on pourrait croire que contrairement au jeu vidéo l’on est passif devant un film. C’est évidemment faux, non seulement notre cervelle turbine à plein régime pour transformer les conventions cinématographiques en histoire et en espace cohérent, mais on peut même être physiquement actif, dans un film d’horreur, un jump scare nous fera littéralement bondir de notre siège, un comédie nous fera rire etc… On est actif donc, mais on agit sur quoi ? Dans un jeu, par le truchement d’un personnage, on va agir sur tout un univers. Dans un film, l’histoire est figée, nous n’avons aucun moyen de réécrire le scénario à notre convenance ou d’influencer les personnages dans leurs actions.

Il est donc possible d'utiliser les codes du jeu vidéo à des fins narratives. Le meilleur exemple est l’introduction de Speed Racer qui utilise le mode “ghost” des jeux de voitures tout en l’intégrant émotionnnellement à leur histoire, mais les Wachowski n'en sont pas à leur premier essai :

Certaines scènes de Matrix sont des tutoriaux


Un autre bon exemple de code réutilisé est dans REC, via le dialogue entre le personnage et le caméraman/joueur. Par extension on peut dire que le found footage reprend le principe de la caméra subjective propre au FPS.

À côté de ça, un film comme Silent Hill échoue lui à reprendre les codes du jeu et les intègre en dépit de l’immersion émotionnelle. On a même le droit après une série d’épreuves à une cut-scene explicative, bande-noire supplémentaires incluses.

On évoque aussi le cas de Warriors qui est à rapprocher de Double Dragon et du beat’em all en général :

 

 

 

Quelques liens pour aller plus loin :

 

- Rafik Djoumi s'était penché sur la question sur son blog Compagnon Geek en deux articles : Fusion moléculaire partie 1 et Fusion moléculaire partie 2, ainsi que dans le troisième épisode de son émission Bits (E)motion Gaming.

- La Bible de Doom

- Un mémoire assez complet sur le sujet réalisé ans le cadre d'une école de réalisation à Rennes

 

Commentaires

KARA :

06 Mai 2014

Hello ^^

-Concernant Super Mario Bros, le film - Le décorateur est le même que celui de Blade Runner effectivement (je n'ai pas le nom en tête, désolé).

-Vous l'avez développés, mais effectivement, concernant une adaptation d'un jeu comme Final Fantasy, les producteurs se sont (sans doutes) dit une chose simple : "On va claquer plus de 100M$ dans un film en 3D. Il est évident que même en réunissant tous les fans du monde entier dans les salles de cinéma, jamais ils ne pourront ne serait-ce que rembourser le budget de départ. Donc, on va être obligé de faire plus grand public. C'est un risque à courir : se couper d'une partie de la fanbase, mais gagner en contrepartie un large public potentiel."
Logique commerciale qui peut marcher (Iron Man 3) où pas (le film de FF donc)

-Concernant les adaptations de jeu de combats, il y à un paradoxe : Soit on rajoute un scénario, et les gens "s’emmerdent", soit on ne fait que du combat, et les gens se plaignent du manque de scénario... Pas facile de trouver un bon équilibre.
L'ambiance et le scénar de Max Payne le film était somptueuse... Mais c'est sur que 2 gunfights en 1h30 de film....

KARA :

06 Mai 2014

-Bcp de jeux seraient mieux adaptables en séries TV à mon avis, mais bonjour le budget selon les sujets choisis... Alors les web séries, où encore en animation comme on fait au Japon, pourquoi pas. Mais en live, pas évident.

-Concernant Tomb Raider le film, le commentaire audio sans langue de bois du DVD montre que le tournage fut littéralement "épique", mais dans le mauvais sens du terme. Toutes les emmerdes que peut avoir un réal dans une vie, lui les à eu en un seul film ! Accidents, réductions de budgets, improvisation, etc... Après avoir entendu ça, l'estime du film remonte en flèche !

-Concernant la véracité des univers développés , citons tout de même les effets spéciaux... On peut dire ce qu'on veut sur la qualité d'écriture, les détails, etc... sans FX crédibles, on n'y croit pas !

-Concernant la reprise d'un gameplay jeu vidéo à Super Mario Kart, on à le premier Death Race ^^ Et quand le cinéma influence le jeu vidéo, on peut citer comme exemple ultime Indiana Jones qui inspire Tomb Raider...

georgeslechameau :

29 Mai 2014

J'ai fait une critique de The Rover de David Michôd, ou j'évoque une comparaison avec Last of Us, si ça vous intéresse


http://georgeslechameau.wordpress.com/2014/05/21/the-rover/

georgeslechameau :

29 Mai 2014

ICI

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