Minority Report : Steven Spielberg contre Philip K. Dick

Encore aujourd’hui, Minority Report est un des films de Steven Spielberg les plus appréciés de ce qu’on pourrait appeler la seconde partie de sa carrière. C’est une de ses rares œuvres de cette période a cumuler à la fois un succès public et critique alors que son film précédent, le pourtant magnifique A.I. Intelligence Artificielle fut un échec cuisant pour le cinéaste.

Or, cette réception radicalement différente à de quoi interroger. Alors que les précédents films de science-fiction de Spielberg (certains dont nous avons déjà parlé comme Jurassic Park et E.T. L’extraterrestre) étaient des œuvres lumineuses qui s’inscrivaient dans le registre du merveilleux et de l’enfance, Minority Report plonge au contraire dans une imagerie plus sombre, plus crade et plus violente.

Mais ce n’est pas seulement un film à part (à priori) dans la filmographie de Steven  Spielberg, c’est aussi un thriller futuriste tiré d’une nouvelle de Philip K. Dick. Un auteur de science-fiction cérébrale, qui depuis sa mort en mars 1982 n’a cessé de gagner en popularité, notamment grâce au cinéma, et plus particulièrement avec l’aura acquise au fil des décennie par Blade Runner de Ridley Scott. Or, certains critiques considèrent que Minority Report n’est pas non plus fidèle à l’esprit de l’œuvre de Phillip K. Dick, voire qu’il est une véritable trahison de l’auteur d’Ubik. Ce qui est reproché à Spielberg, c’est  de verser complaisamment dans la surenchère d’action et de péripéties au détriment des questionnements complexes et vertigineux qui agitent les travaux de Philip K. Dick. Quand ce n’est pas carrément le dernier acte sous forme de happy end qui apparaît comme une trahison totale de la pensée Dickienne.

Minority Report est à première vue un film paradoxal qui n’est ni tout à fait Spielbergien, ni vraiment Dickien.

Et pourtant, en parfaite cohérence avec les nombreux jeux de miroirs et de reflets qui parcourent le film de Spielberg, Minority Report est une œuvre bien plus maligne qu’elle en à l’air ! C’est à la fois un film qui s’inscrit dans l’évolution des aspirations artistiques du cinéastes, à la fois un véritable dialogue avec l’œuvre de Phillip K. Dick !

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